Monsieur le Président,

Nous y voilà, ce jour si important qui va faire d'Orléans une des 15 villes qui comptent. Je ne vois pas sur quoi nous allons compter mais vous pourriez être bien plus ambitieux et viser une qualification en coupe d'Europe. Sérieusement, je ne peux me réjouir de ce jour de gloire qui est loin de notre conception de la coopération intercommunale.

Dans notre esprit, l'intercommunalité a toute son utilité dès lors qu'elle repose sur un acte volontaire et des projets. Ce soir, entre des lois contraignantes et une volonté politique que rien n'impose nous allons sonner le glas de nos communes, structure de base de notre démocratie. C'est le sens de l'Histoire nous dit-on souvent. L'Histoire n'a pas de sens parce qu'elle est toujours écrite par celui qui détient le pouvoir. Mais aujourd'hui nous entrons dans un processus qui va nier l'Histoire, notre histoire. Nous le savons tous, le train de la fin des communes est lancé. Sans doute ne vont elles pas disparaître mais elles vont être tellement dévitalisées qu'elles n'auront plus aucun rôle majeur. Il semble qu'une majorité des élus siégeant dans cette assemblées soient en accord avec cette évolution et cette perte d'autonomie des communes.

Vous parlez en permanence, Monsieur le Président, d'un projet partagé reposant sur une confiance réciproque. Quelle confiance peut-on avoir lorsqu'un vice-président, participant à une réunion à Saran, raille la consultation que nous avons organisée ? Je vous rappelle que le même jour, à Nice, une députée était élue avec une participation de 21 %. Personne n'a remis en cause la légitimité de son élection. Les 1759 voix (78 % des suffrages) valent-ils moins que les 2051 voix obtenues par la liste d'opposition lors des dernières élections municipales ? Quelle confiance peut-on avoir lorsque nous découvrons dans la presse, en l’occurrence « La Gazette des communes » du 19 septembre, que « l'opposition socialiste devrait occuper six postes à l’exécutif » ? Nous aurions aimé l'apprendre ici. Rassurez-vous, les élus de notre groupe ne vont pas venir troubler vos projets qui semblent si bien calés, sur ce point tout au moins, et je vous rappelle que nous n'avons jamais quémandé la moindre récompense. Nous savions qu'un nouveau pacte de gouvernance était en préparation, nous n'y avons pas été associés.

En agissant de la sorte, vous avez fait ce que nos concitoyens ne supportent plus en politique, ces arrangements entre amis. Le projet n'est donc pas partagé par tous les élus, ni par les habitants d'ailleurs.

Pourtant, vous dites vouloir mettre les habitants au centre du projet. Nous ne pouvons qu'être en accord avec vous.

Mais où est la place des habitants ? Ce mot n'apparaît qu'une fois ou deux dans votre pacte de gouvernance. Quelle place allez-vous laisser aux citoyens de ce territoire ? Quand pourront-ils intervenir ? Nous n'en savons absolument rien car il n'y a rien dans ce pacte de gouvernance. Et puis au centre de quel projet voulez-vous les mettre ?

Pour l'instant cela reste un mystère. Peut-être entendrez- vous des voix qui vous indiqueront le chemin à suivre. Nous allons avoir l'apparat du statut, un toit sous lequel nous abriter mais nous n'avons aucune fondation.

Et si nous avions commencé, comme nous le demandons depuis des mois, par construire un nouveau projet de territoire. Un projet qui serait réellement écrit ensemble et qui associeraient les élus, les citoyens et les acteurs de notre territoire ? Cela donnerait du sens à l'évolution de notre intercommunalité. Aujourd'hui vous semblez plus intéressé par la coquille que par le contenu. C'est dommage !

Dans ce projet, la seule question qui importe est de savoir en quoi la communauté urbaine ou la métropole fera mieux que ce que font aujourd'hui les communes et réelles économies cela va-t-il engendrer ? C'est aussi ces questions que se posent les habitants. A ce jour nous n'avons toujours pas les réponses. Vous-même, Monsieur le Président vous ne les avez pas.

Vous nous demandez de vous transférer de nouvelles compétences alors que l'AgglO n'assume déjà pas correctement celles qui lui sont déjà dévolues. A l'image de de l'assainissement pour ne citer que cet exemple. Vous prétendez vouloir maintenir la proximité que nous assurons aujourd'hui dans nos communes. Pouvez-vous nous expliquer comment vous allez vous y prendre puisque vous avez toujours affirmé que toute évolution se ferait au mieux à budget du personnel constant. Nous sommes d'ailleurs très inquiets pour le devenir des agents dont on voit bien qu'ils vont devoir absorber les suppressions de postes qui s'annoncent. Nous doutons fort qu'ils aient, dans ces conditions, les moyens d'assurer les services.

Dans ce contexte, qu'attendez-vous des Maires et des élus municipaux ? Vous souhaitez qu'ils restent au centre du projet, il va y en avoir du monde dans le rond central, mais quelles vont être les marges de manœuvres des communes ? Un conseil municipal pourra-t-il s'opposer à un projet de l'AgllO sur son territoire communal ? Il est nécessaire de donner cette possibilité aux communes.

Vous le voyez, Monsieur le Président, les questions et les inquiétudes sont encore trop nombreuses et elles sont partagées, sans doute plus que votre projet, pour que nous puissions être favorables à l'évolution que vous proposez. Cela dit, ce désaccord ne nous désengage pas. Bien au contraire, nous continuerons à travailler, au sein de cet hémicycle, dans les commissions, les groupes de travail. Nous continuerons à faire des propositions, comme nous l'avons toujours fait car nous aussi nous sommes attachés à notre territoire et à son devenir. Ainsi, nous serons vigilants sur le PLUI et sur l'avenir de la gestion de l'eau que nous voulons conserver dans son intégralité en régie publique.

Maryvonne Hautin,
Maire de Saran et membre du groupe PCF-Front de gauche au sein du Conseil de l'AgglO