Fin de l'autonomie financière, contractualisation avec l’État, disparition progressive des dotations... Que reste-t-il aujourd'hui de l'esprit décentralisateur qui avait animé les choix gouvernementaux de ces dernières décennies ? Nous assistons aujourd'hui à un retour en arrière qui va se traduire par des marges de manœuvres plus réduites. Il y avait jusque-là un principe fort auquel nous tenons, c'était la libre administration des collectivités. Cela reposait sur l'autonomie financière et en particulier la fiscalité en étant libre de fixer ses taux.

Tout ceci est remis en cause. Depuis plusieurs années les gouvernements successifs n'ont de cesse de faire porter sur les collectivités la responsabilité de la dette de l’État. En réduisant les dotations, ils ont conduit les exécutifs locaux à réduire leurs investissements voire les services rendus à la population qui subit directement les conséquences de ces choix. La suppression de la taxe professionnelle a aussi porté un rude coup aux finances locales en réduisant considérablement les recettes municipales.

Moins d'argent mais toujours plus de missions à remplir. Non contents de nous étrangler financièrement, les gouvernements n'ont pas cessé de transférer de nouvelles charges en particulier aux communes : passeport, PACS... pour les plus récentes.

Le président de la République élu en 2017, loin de remettre en cause ces orientations les confirme en décidant la suppression de la taxe d'habitation. Si cette taxe méritait d'être réformée, sa suppression va porter un très rude coup à la gestion communale. C'est une marche en arrière qui conduit même l’État à imposer une contractualisation aux plus grandes collectivités pour mieux les encadrer. On assiste bien à un retour de la centralisation qui sera préjudiciable aux habitants.

La colère gronde chez les élus. Ils ne sont pas les seuls à montrer leur mécontentement. Les foyers de contestation se multiplient. Est-ce à dire que nous sommes sur le point de revivre des événements d'une ampleur de mai 1968 ? Nul ne peut le prédire aujourd'hui, mais à bien y regarder, les ingrédients sont là comme ils l'étaient dans les mois qui ont précédé le mois de mai 1968.

Maryvonne Hautin
Maire de Saran