Tout d’abord sur la méthode.

On nous soumet ce soir un pacte de gouvernance et de confiance. A le lire, nous avons l’impression que tout est beau, qu’avec la Communauté urbaine, puis la Métropole demain le chômage et les difficultés ne seront que de vieux souvenirs dans notre agglo, que tout le monde est d’accord, que rien ne se fera sans l’accord des communes et de leurs représentants.

Veuillez m’excuser si je viens gâcher l’enthousiasme de certains, mais j’ai de sérieux doutes.

Tout d’abord, je comprends en lisant le document que les communes et les élus représentatifs des différents courants politiques ont été associés à sa rédaction. J’essaie donc de me rappeler quand nous aurions reçu une invitation à venir autour d’une table, pour échanger, avancer des propositions, construire ce pacte de gouvernance. La réponse est simple, nous n’en avons jamais reçu. Les quelques propositions faites, par rapport au PLUI par exemple, ont été rejetées.

A la place d’une co-écriture, d’un projet partagé, cette charte de gouvernance s’apparente plus à ce que les citoyens ne veulent plus. Des petits arrangements, d’échanges de postes et d’indemnités de vice-présidents entre majorité de droite et élus socialistes très loin d’un débat de fond, sur un projet de territoire au service des intérêts et des préoccupations des habitants.

Une question me vient à l’esprit. En quoi la Communauté d’agglomération ne permettait pas de mettre en place le respect de la souveraineté des communes, l’écoute de celles-ci, une coopération intercommunale librement consentie, une élaboration collégiale d’un projet commun d’agglomération  en impliquant les citoyens des 22 communes ?

Quelle confiance avoir dans ces promesses alors qu’elles étaient rejetées par la majorité du conseil d’AgglO jusque-là ? Quelle confiance alors qu’il a été décidé dès le début d’exclure l’ensemble des citoyens et une partie des élus et des communes de la rédaction de cette charte ?

Ensuite sur le fond. C’est un projet qui n’a jamais été validé par les citoyens.

Quels espaces pour les citoyens, pour maintenir voir renforcer ce besoin de proximité entre les élus et les administrés pour faire part de problèmes, d’idées, de propositions, pour organiser des lieux d’échanges et travailler l’appropriation citoyenne sur des sujets de fonds comme les finances, l’eau, le PLU… comme il est possible de le faire à l’échelle communale.

Rien n’est prévu sauf de se décharger de cette responsabilité sur les communes.

Comment peut-on flatter le rôle des communes et défendre : - soit l’austérité actuelle imposée par le gouvernement, les baisses de dotations aux collectivités (et on est revenu souvent ici sur leurs conséquences sur l’emploi, l’investissement, les politiques municipales) - soit encore plus d’austérité en se battant pour savoir s’il faut supprimer 300 000 ou 500 000 fonctionnaires. Une nouvelle fois c’est le service public qui est attaqué. Une nouvelle fois ce sont les gens modestes qui en subiront les conséquences.

Alors qu’on nous parle de coopération, de travail en commun, de respect dans le document, on se rend vite compte que ce n’est que du flan, excusez-moi l’expression, puisque la véritable intention de ce projet (la communauté urbaine puis la métropole) c’est de rentrer dans une compétition avec d’autres territoires. C’est dit très clairement dans le préambule. Mais ne connaissons-nous pas déjà les effets néfastes du dumping, de la concurrence entre territoires ?

Alors que les conseillers municipaux, les maires, les communes représentent les cellules de base de notre République, des maillons essentiels pour la démocratie, qu’ils souffrent moins que d’autres de la défiance envers la politique ou les institutions, ils sont aujourd’hui attaqués de toute part : étranglement financier opéré par l’Etat avec la baisse des dotations (-28 milliards d’euros entre 2013 et 2017) justement pour pousser aux fusions et aux regroupements et bien entendu, le transfert obligatoire de compétences à des mégas structures imposées par la loi ou par l'ambition de quelques élus -sans aucun débat démocratique dans notre agglomération, sauf à Saran- et très éloignées des citoyens et des leurs préoccupations concrètes.

En vidant les communes de leurs compétences, on veut réduire à peau de chagrin tout espace de gouvernance démocratique, où des comptes sont rendus aux citoyens, et ainsi permettre aux grands groupes d’accaparer les marchés publics et les richesses des territoires. L’eau en est un exemple flagrant.

Sans les communes, notre République ne peut pas être la République solidaire, démocratique et fraternelle dont nous avons besoin. Ce projet de communauté urbaine, celui de Métropole, vont à contre sens des besoins populaires et de démocratie.


Mathieu Gallois
Adjoint au maire de Saran

  • Le conseil municipal a rejeté le projet de pacte de gouvernance et de confiance métropolitain par 26 voix (majorité) contre 5 (droite) et 1 abstention (1 élue de droite en désaccord avec son groupe). L'unique élue socialiste était absente lors de cette séance.